Fermez les yeux pendant un concert de fusion à Essaouira et vous entendrez deux mondes dialoguer : d'un côté la pulsation profonde et hypnotique du guembri et le cliquetis des crotales de fer, de l'autre un saxophone, une contrebasse ou une batterie. Le jazz gnaoua n'est pas une étiquette marketing : c'est le fruit d'un demi-siècle de rencontres entre maîtres marocains et jazzmen, et Essaouira est l'endroit où ces rencontres sont devenues une tradition à part entière.
Qui sont les Gnaoua ?
Les Gnaoua forment une confrérie marocaine dont les racines remontent à l'Afrique subsaharienne. Leur musique accompagne la lila, une cérémonie nocturne de guérison et de transe, menée par un maître musicien, le maâlem. Trois éléments définissent le son :
- le guembri (ou hajhouj), un luth-basse à trois cordes tendu de peau de dromadaire ;
- les qraqeb, de lourdes crotales de fer jouées par le chœur ;
- le chant en appel et réponse, fait de phrases courtes et répétées qui élèvent peu à peu l'auditeur.
En décembre 2019, l'UNESCO a inscrit les Gnaoua sur sa liste du patrimoine culturel immatériel de l'humanité. Essaouira, avec sa grande communauté gnaoua et sa zaouïa dans la médina, est depuis longtemps l'un des foyers de la confrérie.
Quand les Gnaoua ont rencontré le jazz
Les deux musiques ont beaucoup en commun : des racines africaines, des gammes proches du blues, la répétition, l'improvisation et une forte dimension spirituelle. Les jazzmen ont vite reconnu cette parenté.
- Le pianiste américain Randy Weston, qui a vécu au Maroc à la fin des années 1960 et au début des années 1970, a joué et enregistré avec des musiciens gnaoua pendant des décennies et contribué à faire connaître leur musique au public du jazz.
- Le saxophoniste Pharoah Sanders a enregistré The Trance of Seven Colors dans les années 1990 avec le maâlem Mahmoud Guinia d'Essaouira, un jalon du jazz gnaoua.
- Des musiciens marocains comme Majid Bekkas, qui joue du guembri et de l'oud avec des formations de jazz, ont porté la fusion du côté marocain.

Essaouira, scène de la fusion
À la fin des années 1990, Essaouira a créé le Festival Gnaoua et Musiques du Monde, qui a fait sortir les maâlems des cérémonies privées pour les porter sur les scènes publiques. Sa marque de fabrique est devenue la fusion : un maâlem et son chœur partagent la scène avec des musiciens de jazz, de blues, de rock ou d'Afrique, souvent après une courte répétition. Certains des plus beaux moments de l'histoire du festival sont ces conversations improvisées. En 2027, le festival est annoncé du 24 au 26 juin — voir notre guide du festival Gnaoua 2027.
En 2019, Essaouira a aussi rejoint le réseau des Villes créatives de l'UNESCO pour la musique, saluant une vie musicale qui dépasse largement un seul festival.
Jazz sous l'Arganier : le chapitre d'hiver
Entre Noël et le Nouvel An, l'association Essaouira-Mogador organise Jazz sous l'Arganier, un petit festival où des jazzmen marocains et internationaux jouent dans des lieux intimistes de la médina, souvent avec des invités gnaoua. Les concerts finissent en jam-sessions tardives. Les agendas locaux annoncent du 26 au 28 décembre 2026 (à confirmer) ; notre guide Jazz sous l'Arganier 2026 donne les détails, et Essaouira en décembre présente le reste du programme.
Où écouter le jazz gnaoua — et la musique gnaoua — à Essaouira
- Aux festivals : le festival Gnaoua en juin et Jazz sous l'Arganier en décembre. Notre comparatif des festivals de musique à Essaouira vous aide à choisir.
- À Dar Souiri, qui accueille des concerts toute l'année — voir notre guide de Dar Souiri.
- Le soir, dans les restaurants et cafés de la médina qui invitent des musiciens gnaoua ; notre guide que faire à Essaouira le soir recense les meilleures options.
- Plus loin, le village de Khamlia près de Merzouga fait vivre une tradition gnaoua au désert — lire Khamlia, le village de la musique gnaoua.

Au cœur d'une lila : ce à quoi répondent les jazzmen
Une lila traditionnelle dure toute la nuit. Elle s'ouvre par une procession et des chants de louange, puis le maâlem enchaîne une longue suite de pièces, chacune dédiée à une famille d'esprits et associée à une couleur, un parfum et un rythme. Tandis que le guembri répète ses motifs et que les qraqeb s'installent, certains participants entrent en transe. Quand des jazzmen jouent avec un maâlem, ils n'ajoutent pas des solos à un air folklorique : ils entrent dans ce cycle de répétition et de libération, et trouvent leur place pour improviser au sein d'un rituel qui a sa propre logique. C'est ce qui rend les meilleurs concerts de jazz gnaoua si intenses.
Écouter avant de partir
Quelques points de départ : les enregistrements de Randy Weston avec des maîtres gnaoua, The Trance of Seven Colors de Pharoah Sanders et Mahmoud Guinia, et les albums de Majid Bekkas. Écoutez aussi l'enregistrement d'une lila traditionnelle — vous comprendrez mieux à quoi répondent les jazzmen.
Venir à Essaouira pour la musique
Notre transfert Marrakech – Essaouira dure environ 2 h 30, dès 90 € par véhicule jusqu'à trois passagers au moment où nous écrivons ; le transfert aéroport d'Essaouira prend une vingtaine de minutes, dès 20 €. Pour le retour, réservez à l'avance le transfert Essaouira – Marrakech — les jours de festival sont chargés. Entre deux concerts, notre excursion d'une demi-journée sur la route de l'argan vous montre la campagne qui a donné son nom à Jazz sous l'Arganier.
Le jazz gnaoua s'écoute en live, tard, dans une petite salle au bord de l'océan. Contactez-nous et nous vous y emmenons.



